Hé, ça gaze? 
Hé, bonjour. Comment allez-vous? Je suis votre voisin d'à côté. Je m'appelle Maxime. Je vois que vous vous préparez à faire un feu. C'est super! Confortable, agréable. On écoute crépiter le bois, on mange des guimauves et on regarde les étoiles… Enfin, les étoiles... En ville, on ne voit pas beaucoup d'étoiles! Hé, c'est un bidon d'essence que je vois là, tout près. J'espère que vous n'avez pas l'intention de l'utiliser pour démarrer votre feu! Oui! Sacrilège! Il ne faut surtout pas! Écoutez cette petite histoire. Asseyez-vous. Je vous raconte…
L'an passé, au cours de l'été, je me préparais, comme vous, à faire un feu dans mon foyer extérieur. Vous voyez, là, au milieu de la cour, mon foyer? Je ne l'ai pas utilisé depuis l'été dernier. Vous comprendrez bientôt pourquoi. Donc, l'an passé, je m'installe : j'apporte du bois et du papier journal près du foyer. J'ai mes allumettes sur moi. Me voilà fin prêt. Je mets du bois, un peu de papier journal et j'allume. Ça flambe un peu, mais le bois étant peut-être un peu humide, le feu semble vouloir s'éteindre. J'ajoute donc du papier, du petit bois, rien à faire. Les flammes restent timides. Josiane, ma femme, me lance par la fenêtre : « Tu pourrais utiliser un peu d'essence pour accélérer le feu! »
Et me voilà qui trouve que c'est une bonne idée. Je vais chercher le bidon d'essence dans le cabanon, en mets un peu dans un verre de plastique trouvé sur la galerie et lance le contenu du verre dans le feu. Imaginez la suite. Dès que l'essence est entrée en contact avec les flammes, elles ont suivi le jet de carburant et sont remontées dans le verre. Ce dernier s'est aussitôt enflammé. Imaginez! Vous avez un verre de plastique en flammes dans la main. Mon réflexe a été de lancer le verre par-dessus mon épaule, derrière moi. Erreur. Ce qui restait d'essence dans le verre a coulé sur moi, mettant le feu à mes vêtements. Aïe, Aïe, Aïe! Là, j'ai paniqué. Comme j'avais peur qu'il y ait de l'essence sur la pelouse à mes pieds, je me suis mis à courir plus loin dans la cour pour me jeter par terre, mais la course a avivé les flammes. Ce n'était plus seulement la manche de ma chemise qui était en flammes, mais tout le vêtement. Le temps de me jeter à terre, la douleur était intolérable. Je ne pouvais plus bouger. Heureusement, Josiane, par la fenêtre de la cuisine, a vu ce qui m'arrivait. Elle s'est ruée vers moi avec la nappe et a vite éteint le feu.
Mais, nous n'étions pas au bout de nos peines. Nos enfants, qui me regardaient travailler, étaient complètement terrorisés. Notre fils a tout de même eu la présence d'esprit de crier à sa mère que le feu était pris dans la pelouse, juste devant le réservoir d'huile à chauffage. Hou là! Josiane s'est précipitée vers l'extincteur portatif et a éteint ce début d'incendie qui aurait pu nous jeter à la rue.
Mais moi, j'étais toujours au sol, hurlant de douleur. Pour ne rien arranger, ma femme a voulu m'aider en m'enlevant ma chemise. Ce n'était pas une bonne idée, puisque la chemise était collée à la peau. Enfin, elle a envoyé les enfants chez les voisins et m'a emmené à l'hôpital, où je me suis effondré. J'ai reçu tous les soins nécessaires, mais la guérison a été longue et pénible. Heureusement, j'ai conservé l'usage de mon bras et de ma main. Je suis extrêmement chanceux. Quant à mes enfants, ils ont rencontré la psychologue après avoir fait plusieurs cauchemars. Aujourd'hui, heureusement, ils n'ont plus de séquelles psychologiques.
Donc, vous comprendrez que je vous recommande fortement de ranger ce bidon d'essence. L'utilisation d'un accélérant peut provoquer un incendie incontrôlable. Et si jamais le feu prend à vos vêtements, il ne faut pas courir comme je l'ai fait, mais plutôt vous arrêter, vous jeter par terre en cachant votre visage avec vos mains, et rouler et rouler encore pour étouffer le feu. Si ça arrive à quelqu'un d'autre, couvrez-le d'une couverture, d'un manteau ou d'une nappe comme l'a fait ma femme! Composez le 9-1-1 et courez vite à l'hôpital!
Oh, voilà M. Ouellet, le voisin d'en face. Il vient se présenter lui aussi.
« Hé, ça gaze? » … Non, heureusement…
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